La paralysie qui vous saisit quand un équipier tombe à l’eau est le véritable danger, et seule une technique récupération homme à la mer éprouvée permet de réagir efficacement. Nous détaillons ici les protocoles tactiques et les entraînements concrets pour transformer cette angoisse en automatismes salvateurs. Ne laissez plus le hasard décider du sort de votre bord et apprenez à gérer l’urgence avec sang-froid.
- La prévention : la seule vraie victoire contre l’homme à la mer
- Les 5 secondes qui décident de tout : le protocole d’alerte immédiate
- Choisir sa manœuvre : le dilemme tactique sous pression
- Le quick stop : la méthode la plus rapide (et la plus piégeuse)
- Les manœuvres classiques pour voiliers : boutakov et scharnow décortiquées
- La phase finale : l’approche et la récupération physique à bord
- Le facteur humain et technologique : gérer le chaos et utiliser les bons outils
- L’entraînement, encore et toujours : transformer la théorie en réflexe de survie
- Les soins d’urgence après la récupération : chaque minute compte
La prévention : la seule vraie victoire contre l’homme à la mer

Le harnais et la longe : votre meilleure assurance-vie
La meilleure technique récupération homme à la mer reste simple : ne pas tomber. Le port du harnais couplé à une longe double brin est non négociable, surtout de nuit ou dès que le vent monte.
Ne croyez pas être à l’abri par beau temps, car une vague scélérate ou un simple déséquilibre suffit. C’est une discipline de fer, à appliquer à chaque instant.
Je me souviens d’une manœuvre de spi à l’avant où le bateau a planté. Sans ma longe courte frappée sur la ligne de vie, je finissais à l’eau. Ce n’est pas une contrainte, c’est littéralement une extension de votre corps.
Organiser le pont pour la guerre, pas pour la promenade
Sur un 11m, le pont doit être un sanctuaire de sécurité absolu. Vérifiez vos lignes de vie : elles doivent être tendues à bloc et l’antidérapant ne doit montrer aucune faiblesse sous vos bottes.
Appliquez la règle immuable : “une main pour soi, une main pour le bateau”. Déplacez-vous le centre de gravité bas, accroupi si nécessaire, jamais debout en pleine navigation.
Gardez votre cockpit rangé comme un bloc opératoire, avec les drisses et écoutes lovées à leur place. Un bout qui traîne n’est pas juste désordonné, c’est un piège mortel prêt à vous crocheter la cheville, surtout en solitaire.
Le briefing pré-départ : la routine qui sauve les équipages réduits
Même en couple depuis vingt ans, le briefing reste indispensable. Chacun doit savoir, les yeux fermés, où saisir le matériel de sécurité comme la bouée, la corne de brume et la VHF.
Ce rituel doit définir la procédure d’alerte exacte et le rôle précis de celui qui reste à bord si l’autre tombe.
Voici le deal : “Si je tombe, tu hurles, tu frappes le bouton MOB, tu balances la bouée et tu ne me lâches JAMAIS du regard. On répète ?” C’est cette préparation mentale brute qui transforme la panique en action.
Le preventer (retenue) de bôme : l’anti-catapulte
On néglige trop souvent le preventer, ou retenue de bôme, qui est pourtant un équipement de sécurité majeur. Son rôle est simple : bloquer la bôme pour empêcher cet empannage accidentel violent capable de catapulter un équipier par-dessus les filières.
Installez-le systématiquement aux allures portantes, même par petit temps, car le vent reste une force imprévisible et vicieuse.
Sur nos petits voiliers, un empannage sauvage peut tout dévaster en une seconde. La retenue de bôme offre une tranquillité d’esprit bon marché que vous ne regretterez pas.
Les 5 secondes qui décident de tout : le protocole d’alerte immédiate
Mais la meilleure prévention du monde ne peut éliminer le risque à 100%. Quand l’impensable arrive, la survie se joue dans les toutes premières secondes. Voici la séquence d’actions qui doit devenir un pur réflexe.

“Homme à la mer !” : le cri qui brise le silence
Le premier réflexe n’est pas de réfléchir, mais de hurler. Criez “Homme à la mer !” à pleins poumons pour réveiller l’équipage, pas pour rassurer la victime. C’est le signal d’alarme brut qui bascule le bateau en mode urgence vitale.
Même en solitaire, forcez-vous à gueuler cette phrase. Ça paraît stupide, mais ça ancre la réalité du danger dans votre cerveau et coupe court à la sidération.
Précisez immédiatement le bord : “Homme à la mer à bâbord !” ou “à tribord !”. Cette info est une question de vie ou de mort pour que le barreur dégage l’arrière et évite de transformer une chute en carnage avec l’hélice.
Le pointeur : le périscope humain qui ne lâche jamais sa cible
Désignez un équipier dont l’unique job est de devenir un radar humain. Il doit pointer la victime bras tendu et verrouiller son regard sur elle, sans jamais ciller, même si on lui parle ou que le bateau gîte violemment.
Ce “pointeur” est intouchable : il ne touche à aucune écoute, ne prépare rien. S’il baisse le bras ou tourne la tête une seconde, vous risquez de perdre le contact visuel pour toujours dans la houle.
En solitaire, ce luxe n’existe pas. C’est là que la technologie, via le bouton MOB et les balises personnelles, devient votre seule chance de ne pas disparaître.
Le bouton MOB et le lancer de bouée : marquer le point zéro
Simultanément, deux actions réflexes s’imposent : écrasez le bouton MOB du GPS et balancez à la flotte tout ce qui vous tombe sous la main. Ne réfléchissez pas, jetez.
Ce bouton MOB fige les coordonnées exactes de la chute dans l’électronique du bord. C’est votre point de référence absolu, le “point zéro” vers lequel vous devrez revenir si le visuel est perdu.
Balancez la bouée fer à cheval avec son feu, la perche IOR, mais aussi les pare-battages ou les coussins du cockpit. Vous devez offrir un soutien à la victime et créer un champ de débris visible de loin pour baliser la zone du drame.
L’alerte VHF : le réflexe qui peut tout changer
Si vous ne repêchez pas l’équipier dans la minute, empoignez la radio. Lancez un message MAYDAY sur le canal 16 sans la moindre hésitation. Mieux vaut passer pour un alarmiste que d’avoir un mort sur la conscience par orgueil.
Soyez clinique : “MAYDAY, MAYDAY, MAYDAY, ici le voilier [Nom], Homme à la mer à la position [coordonnées GPS du MOB]“. Pas de blabla, juste les faits pour guider les secours.
Le CROSS prendra le relais pour coordonner la zone. C’est un filet de sécurité indispensable, même si vous pensez gérer la manœuvre seul.
Choisir sa manœuvre : le dilemme tactique sous pression
Une fois l’alerte donnée et la zone marquée, le cœur du problème commence : comment faire demi-tour avec ce voilier de 11 tonnes pour revenir précisément sur un point flottant ? Le choix de la manœuvre n’est pas une question de préférence, mais une décision tactique froide.

L’évaluation en une poignée de secondes
Figez l’action une seconde. Avant de jeter le bateau dans un virement brutal, analysez la donne : la victime est-elle consciente ou inerte, quel est l’état de la mer, la force du vent ? Si vous êtes en solitaire sur 11 mètres, la marge d’erreur est nulle et votre lucidité est votre seule arme.
Oubliez les débats théoriques de ponton. La “meilleure” manœuvre n’est pas celle du manuel, mais celle que vous réussissez les yeux fermés sous adrénaline, adaptée aux conditions réelles du moment.
L’esthétique n’a pas sa place ici. Votre unique obsession doit être l’efficacité brute : ramener le voilier à l’arrêt, tout contre la victime, sans casser le gréement ni blesser personne.
Voile ou moteur : le choix cornélien
Faut-il tourner la clé de contact ? La question divise les puristes. Pourtant, le moteur offre une puissance de manœuvre indéniable, surtout en équipage réduit, permettant de remonter au vent sans tricoter et de corriger les erreurs d’approche grossières.
Attention au piège mortel. Un bout qui traîne dans l’hélice et c’est la panne sèche immédiate ; pire, l’hélice en rotation près d’un corps immergé transforme une opération de sauvetage en scène de crime.
Voici ma position : si le tableau arrière est clair, démarrez, c’est un atout sécurité majeur. Mais coupez impérativement les gaz à l’approche finale. Cela dit, savoir manœuvrer sous voiles seules reste votre assurance-vie si la mécanique vous lâche.
Comparatif des grandes manœuvres de récupération
Ce tableau confronte sans détour les trois grandes familles de manœuvres applicables sur un croiseur de 11m. Chaque option représente un compromis technique entre la vitesse d’exécution, la sécurité du gréement et la complexité mentale sous stress.
Considérez ces données comme un outil d’aide à la décision instantanée. Étudiez-les au calme, car personne ne lit un mode d’emploi avec un équipier à l’eau.
| Manœuvre | Idéal pour… | Avantage principal | Inconvénient majeur | Niveau de maîtrise requis |
|---|---|---|---|---|
| Quick Stop (ou Arrêt Rapide) | Équipage réactif, vent modéré, contact visuel maintenu. | Rapidité extrême. Le bateau reste très proche de la victime. | Risque d’empannage violent. Difficile à gérer en solitaire ou par vent fort. | Élevé. |
| Manœuvre de Boutakov (Williamson Turn) | Perte de contact visuel, nuit, équipage entraîné. | Ramène exactement dans le sillage inverse. Très fiable. | Éloigne initialement de la victime. Complexe à mémoriser (angles de 60°). | Élevé / Professionnel. |
| Manœuvre de Scharnow | Perte de contact visuel, alternative plus simple au Boutakov. | Plus simple à exécuter que le Boutakov (virement de 240°). | Prend beaucoup de place, moins précise que le Boutakov. | Intermédiaire. |
| Mise à la cape / Arrêt Ralingue | Solitaire, besoin de stopper le bateau pour préparer la récupération. | Stoppe le bateau et stabilise la situation. Très sûr. | Très lent. Le bateau dérive et s’éloigne de la position initiale de la chute. | Fondamental. |
Le quick stop : la méthode la plus rapide (et la plus piégeuse)
Maintenant que le cadre tactique est posé, entrons dans le vif du sujet. De toutes les options, une se détache par sa promesse de rapidité : le Quick Stop. C’est ma favorite, mais elle ne pardonne aucune erreur.
La physique du quick stop : un virage et un cercle
Le principe fondamental du Quick Stop, validé par l’ISAF, repose sur une obsession : la proximité immédiate. L’idée centrale est de ne jamais perdre la victime de vue, quoi qu’il arrive. Vous transformez votre voilier en une plateforme de secours compacte. C’est pas très compliqué.
La manœuvre consiste à virer de bord immédiatement pour casser l’élan, puis à décrire un cercle serré autour de la victime. C’est une boucle tactique.
La clé réside entièrement dans la gestion de la vitesse résiduelle du bateau. On utilise la violence du virement pour “casser” l’erre, puis on ajuste les voiles pour contrôler l’approche finale.
Le déroulé pas à pas pour ne pas se manquer
Voici la séquence mécanique, à graver dans sa mémoire musculaire. On suppose ici une chute au vent classique.
- Étape 1 : Crier l’alerte, pointer le bras, lancer la bouée et frapper le bouton MOB.
- Étape 2 : Le barreur vire de bord immédiatement sans toucher aux écoutes du génois. Le génois à contre va freiner brutalement le bateau.
- Étape 3 : Une fois le virement passé, le bateau est quasiment stoppé. On abat pour se mettre vent arrière, en direction de la victime.
- Étape 4 : On choque la grand-voile pour contrôler la vitesse et on enroule le génois pour y voir clair.
- Étape 5 : On fait un cercle autour de la victime pour finir l’approche face au vent, bateau stoppé, à son niveau.

Le piège de l’empannage : l’erreur du débutant
Le danger principal du Quick Stop, surtout si on navigue aux allures portantes, est de vouloir abattre directement vers le naufragé. Cela conduit inévitablement à un empannage sauvage, potentiellement violent et incontrôlé. Votre gréement risque de ne pas apprécier.
Sous stress, c’est une erreur fréquente qui guette même les bons marins. Un empannage peut blesser l’équipier restant ou causer une avarie majeure, rendant la situation encore plus critique.
La règle d’or est donc simple : toujours virer de bord en premier, jamais empanner, même si cela semble contre-intuitif sur le moment.
Mon expérience : un quick stop qui a failli mal tourner
Je me souviens d’un entraînement en solitaire par 20 nœuds de vent où j’ai péché par excès de confiance. J’avais mal anticipé l’angle de mon abattée juste après le virement initial. Le vent n’a pas pardonné.
La grand-voile s’est remplie d’un coup, le bateau a accéléré brutalement et j’ai “dépassé” mon pare-battage-victime de 50 mètres. J’ai dû tout recommencer, perdant de précieuses minutes.
Leçon apprise à la dure : la gestion de la puissance des voiles est la clé absolue. Le Quick Stop est une manœuvre de finesse, pas de force.
Les manœuvres classiques pour voiliers : boutakov et scharnow décortiquées
Le Quick Stop n’est pas toujours la solution miracle. Si vous perdez la victime de vue, ne serait-ce qu’une seconde, ou si la mer est formée, il faut passer sur des protocoles plus rigides, des manœuvres qui reposent sur la géométrie pure.
La manœuvre de boutakov (williamson turn) : la précision chirurgicale
La manœuvre de Boutakov reste la méthode de référence dans la marine marchande. Son but est simple mais vital : revenir exactement sur sa trace initiale. C’est la rigueur professionnelle appliquée au sauvetage.
Le principe mécanique est froid : mettez la barre du côté de la chute. Stabilisez le navire sur un cap précis à 60 degrés du cap initial. Ensuite, mettez toute la barre de l’autre côté jusqu’à atteindre le cap inverse.
C’est une manœuvre qui demande une grande concentration et un bon compas. Elle est idéale de nuit ou dans le brouillard. Le point MOB du GPS devient alors votre seul guide.
La manœuvre de scharnow : l’alternative plus simple
La manœuvre de Scharnow est une variante du Boutakov. Elle est souvent jugée plus simple à mémoriser sous stress. C’est une option tactique pour les équipages moins entraînés.
Le principe exige de mettre toute la barre du côté de la chute. Stabilisez le voilier sur un cap à 240 degrés du cap initial. Puis mettez toute la barre de l’autre côté jusqu’à revenir sur le cap inverse.
Elle est certes moins précise que le Boutakov. Elle permet toutefois de se rapprocher rapidement.
Quand choisir ces méthodes académiques ?
Ces manœuvres sont à privilégier quand le contact visuel est perdu. C’est leur raison d’être absolue. Tenter un Quick Stop à l’aveugle est une folie. La perte de vue impose cette rigueur.
Elles sont aussi plus sûres par mer formée. La trajectoire est plus douce et plus prévisible qu’un Quick Stop agressif. Le bateau subit moins les vagues.
En équipage réduit ou en solitaire, leur complexité peut être un handicap. Il faut les avoir répétées des dizaines de fois.
La mise à la cape : la pause stratégique du solitaire
Parfois, la meilleure manœuvre est de ne pas manœuvrer. La mise à la cape, génois à contre et barre dessous, permet de stopper ou de ralentir très fortement le bateau. Le voilier se fige.
Pour un solitaire, c’est une option en or. Elle donne le temps de souffler. Vous pouvez préparer le matériel de récupération et analyser la situation.
Le bateau dérive, mais il est stable. On peut ensuite repartir calmement vers la victime.
La phase finale : l’approche et la récupération physique à bord
Revenir à côté de la victime est une chose. La hisser à bord en est une autre, et c’est souvent là que tout se complique. Oubliez la force brute, ici, tout est question de technique et de matériel.
L’approche finale : se placer sous le vent, moteur coupé
La règle d’or de l’approche est de finir face au vent, bateau stoppé, avec la victime sous le vent du bateau. C’est la seule configuration qui garantit la sécurité de la manœuvre. Vous devez absolument maîtriser ce positionnement précis.
Pourquoi cette exigence ? Parce que le bateau va dériver vers la victime, et non s’en éloigner. Cela crée aussi une zone d’eau plus calme pour le naufragé.
Si le moteur a été utilisé, il doit être coupé bien avant le contact pour éliminer tout risque avec l’hélice.
Le défi du poids mort : hisser une personne inconsciente
Soyons clairs : remonter un adulte habillé et gorgé d’eau à la force des bras est quasiment impossible. Même pour quelqu’un de fort, c’est un échec presque garanti.
Une personne de 80 kg pèse bien plus de 100 kg une fois sortie de l’eau. C’est un poids mort, inerte et glissant. Vous ne pourrez pas la tenir.
L’échelle de bain est souvent inutile si la personne est inconsciente. Il faut un système de levage démultiplié pour réussir. C’est une question de physique, pas de muscles.
Les outils de récupération : lifesling, palan et autres systèmes
Heureusement, des outils existent. Le plus connu est le Lifesling.
- Le principe du Lifesling : C’est une sangle flottante reliée au bateau par un long bout.
- Étape 1 : On encercle la victime avec la sangle pour qu’elle l’enfile sous ses bras si elle est consciente.
- Étape 2 : On attache une drisse (celle de grand-voile ou de spi) au bout de récupération du Lifesling.
- Étape 3 : On utilise un winch de mât ou de cockpit pour hisser la personne hors de l’eau, en la maintenant à l’horizontale autant que possible.
- Autres systèmes : Le Jason’s Cradle ou un simple palan de grand-voile frappé sur la bôme sont aussi des options viables.
Le cas particulier de la victime consciente mais épuisée
Si la personne est consciente, la communication est la clé. Il faut la rassurer, lui donner des instructions claires et calmes. Dites-lui : “N’essaie pas de nager vers moi, je viens à toi”.
Une échelle de bain peut suffire, mais attention à la fatigue. L’hypothermie diminue considérablement la force musculaire. Le risque de lâcher prise reste énorme à ce stade.
Même consciente, il est souvent plus sûr d’utiliser une méthode de levage pour la préserver.
Le facteur humain et technologique : gérer le chaos et utiliser les bons outils
La physiologie de l’urgence : votre cerveau, meilleur allié ou pire ennemi
Sous l’effet du stress intense, le cerveau reptilien prend brutalement le dessus. La vision se rétrécit drastiquement, créant une vision tunnel, et la réflexion logique s’efface presque totalement au profit de réactions primaires souvent désordonnées.
C’est ce qu’on appelle la “physiologie de l’urgence”. La seule façon efficace de la contrer est la répétition mécanique et l’entraînement, pour que les gestes techniques deviennent de véritables réflexes conditionnés.
Apprendre à respirer est fondamental. Une grande inspiration consciente avant d’agir peut faire toute la différence entre le chaos absolu et une action maîtrisée.
Le chef de bord solitaire : parler pour penser
Quand on est seul à bord, le silence devient vite l’ennemi. La panique peut s’installer insidieusement sans que l’on s’en rende compte, paralysant toute prise de décision rationnelle.
Une technique de pro consiste à se parler à voix haute. Dites : “Ok, je vire de bord. Maintenant, je choque la GV. J’enroule le génois.” Cela force votre cerveau à suivre une séquence logique rassurante.
Vous devenez à la fois le skipper qui ordonne et l’équipier qui exécute. C’est une forme puissante d’auto-gestion de crise.
La technologie moderne au service du sauveteur
Au-delà du simple bouton MOB, la technologie a évolué. Il faut l’intégrer activement dans sa stratégie de survie en mer.
- Les balises AIS-MOB : Ce sont des balises personnelles qui, une fois activées, envoient un signal AIS (Automatic Identification System). La victime apparaît comme une cible sur l’écran du traceur de tous les navires alentour. C’est une révolution.
- Les GPS/VHF avec ASN (DSC) : Une VHF moderne couplée au GPS permet d’envoyer une alerte de détresse avec sa position exacte en appuyant sur un seul bouton rouge.
- Le drone de repérage : Pour un budget conséquent, un drone peut être un “pointeur” volant infatigable, capable de localiser la victime et de rester au-dessus d’elle, transmettant l’image au skipper. Encore rare, mais l’avenir est là.
- Téléphone satellite : Pour les traversées hauturières, hors de portée VHF, un Iridium ou Inmarsat est la seule ligne de vie.
Après l’action : le débriefing et la gestion du psycho-traumatisme
Une récupération d’homme à la mer, réussie ou non, est un événement traumatisant violent pour tout l’équipage. Il ne faut surtout pas le sous-estimer, car les séquelles invisibles persistent.
Une fois en sécurité au port, il faut impérativement débriefer. Qu’est-ce qui a bien fonctionné ? Qu’est-ce qui a échoué ? L’analyse doit être froide, sans chercher de coupable.
En parler est capital pour évacuer le choc. L’image d’un équipier à l’eau peut hanter longtemps. Ne pas hésiter à chercher un soutien psychologique.
L’entraînement, encore et toujours : transformer la théorie en réflexe de survie
Tout ce que vous venez de lire n’est que de l’encre sur une page si ça ne devient pas de la mémoire musculaire. La survie ne s’improvise pas, elle se répète jusqu’à l’obsession.
Pourquoi la pratique est la seule chose qui compte
Lire des articles techniques ou regarder des tutos, c’est bien. Mais face à la houle, au vent hurlant et à la panique qui monte, seul l’entraînement paie. C’est la différence brutale entre savoir intellectuellement comment faire et le savoir-faire réel.
L’objectif de l’entraînement n’est pas de réussir la manœuvre une fois par chance, mais de la répéter jusqu’à ce qu’il soit impossible de la rater. C’est une nuance fondamentale.
C’est exactement ce processus qui transforme une procédure complexe en un réflexe quasi instantané, vital sous stress.
Organiser un “drill” MOB efficace : le scénario
Un bon entraînement doit être réaliste, oubliez la simple bouée légère. Utilisez un pare-battage lesté avec un seau d’eau pour simuler un poids mort et une prise au vent significative.
Attachez-y un vieux bidon de lait pour mieux le repérer dans le clapot. Appelez-le “Oscar”. Il deviendra votre pire meilleur ami, celui qu’il faut sauver à tout prix.
Le drill ne s’arrête pas à la manœuvre de barre. Il doit inclure le lancer de la bouée, l’appui réflexe sur le bouton MOB du GPS, et la simulation de la récupération physique avec le Lifesling sur “Oscar”.
La fréquence : ma recommandation non négociable
Ma conviction est qu’un drill de technique récupération homme à la mer doit être fait au minimum une fois par mois si vous naviguez régulièrement. C’est le tarif pour maintenir un niveau de sécurité acceptable.
Et à chaque fois que vous changez d’équipier, même pour une sortie à la journée. C’est le meilleur moyen de tester son niveau réel sans filtre.
Ça peut paraître fastidieux, je sais. Mais ces 30 minutes d’ennui pourraient un jour valoir une vie humaine.
Varier les plaisirs : simuler le pire
Ne pratiquez pas toujours dans des conditions parfaites, c’est un leurre. Il faut simuler l’imprévu pour ne pas être pris au dépourvu.
- Drill “Victime inconsciente” : Le pointeur annonce que la victime ne bouge plus. Cela change la priorité de la récupération (il faudra impérativement gréer un palan ou utiliser un winch).
- Drill “Nuit” : Faites-le au crépuscule. Le repérage visuel devient bien plus difficile. Le feu à retournement de la bouée devient votre seul guide.
- Drill “Vent fort” (simulé) : Même par petit temps, entraînez-vous avec un ris dans la grand-voile pour simuler la perte de puissance et la difficulté à manœuvrer la barre.
- Drill “Solitaire” : Si vous naviguez en couple, faites l’exercice chacun votre tour, en simulant que l’autre est à l’eau. C’est une révélation brutale sur ses propres limites physiques.
L’analyse post-exercice, éventuellement avec une caméra pour être objectif, est tout aussi formatrice que l’action elle-même.
Les soins d’urgence après la récupération : chaque minute compte
L’hypothermie : l’ennemi invisible
On pense souvent que le plus dur est fait une fois la tête hors de l’eau. Erreur fatale. Même dans une mer à 20°C, le corps perd sa chaleur vingt-cinq fois plus vite que dans l’air. L’l’hypothermie guette instantanément, transformant une victoire apparente en tragédie silencieuse.
Le vrai danger, c’est l’arrêt cardiaque brutal, parfois quelques minutes après le sauvetage. C’est ce qu’on appelle l’effet “after-drop” : le sang glacé remonte vers le cœur et le stoppe net.
Oubliez les réflexes de cinéma. Chaque geste doit viser un réchauffement progressif et maîtrisé, sans jamais brusquer la machine thermique dérèglée.
Le protocole des premiers gestes : horizontalité et douceur
Voici la règle d’or que les pros martèlent : garder la victime à l’horizontale. Interdiction absolue de la mettre debout. La gravité ferait chuter le sang froid des jambes vers le cœur, provoquant un collapsus circulatoire immédiat.
Rentrez-la dans la cabine, allongez-la sur une couchette basse. Déshabillez-la avec une précaution chirurgicale. N’hésitez pas à sacrifier le ciré aux ciseaux pour éviter toute contorsion inutile.
Surtout, ne jamais frictionner la peau pour “réchauffer”. C’est une légende urbaine dangereuse qui force le sang froid à retourner vers les organes vitaux, aggravant l’état critique.
Réchauffer et surveiller en attendant les secours
Isolez-la immédiatement. Enveloppez la victime dans une couverture de survie — face dorée vers l’extérieur pour capter la chaleur — puis empilez des duvets secs. Vous devez absolument créer un cocon hermétique contre l’humidité ambiante pour stopper la déperdition thermique.
Si elle est consciente, une boisson chaude et très sucrée fera l’affaire. Bannissez l’alcool, c’est un vasodilatateur qui tue. Parlez-lui sans cesse, harcelez-la pour la maintenir ancrée dans la réalité.
Simultanément, contactez le CROSS. Exigez une téléconsultation avec le Centre de Consultation Médicale Maritime (CCMM) pour guider la suite.
Au final, la meilleure technique de récupération reste celle que vous n’aurez jamais à utiliser. La prévention est votre véritable assurance-vie, mais l’entraînement transforme la panique en réflexes salvateurs. Alors, ne laissez pas le hasard tenir la barre : équipez-vous, répétez vos gammes et restez vigilants. En mer, la préparation n’est pas une option, c’est une obligation.

































